On nous parle de notre vie future dés la sortie utérine. A peine foulons-nous le sol terrestre à grands coups de brûlure pulmonaire nous arrachant le cri primal que nos parents sont là à faire
des plans sur la comète et les trente prochaines années de notre existence. Et il fera du foot et elle fera de la danse et ils feront des études de droit et elle feront un beau mariage et toutes
sortes de conneries du même acabit. A peine sorti, déja dans la grande compétition, inscrit au marathon sans même le savoir. Et vous croyez que nos chers parents s'émerveillent de nous voir
marcher, sourir et réagir ?
Non, ce qui les émerveille c'est de voir dans quel contexte et à quelle vitesse nous acquérons notre autonomie car dans la croyance humaine lambda, si on marche ou parle plus tôt que la moyenne
c'est que ce sera toute notre vie comme ça et qu'on baisera les copains avant qu'eux nous baisent. J'ai l'impression que ça les rassure parce qu'aprés la joie d'avoir un petit tout mignon, qui
gargouille dans un coin et qu'on peut exhiber devant les yeux envieux des autres il faut faire face à l'angoisse de ce truc qui grandit, qui bouffe comme quatre et qui chie tout le temps. Il faut
vite lui trouver un but à cette nouvelle vie, vite, vite, tout va de plus en plus vite. Bientôt les enfants devront être compétitifs au stade ambryonnaire et on les orientera dés le troisième
mois à vie !
On l'a vendu à nos parents et nos parents en bons soldats nous le vendent à leur tour : ta vie, ma vie, sa vie...
Si on les croit, ça se déroule simplement en suivant un chemin balisé de la naissance à la tombe. Naissance, école maternelle, école primaire, collège, lycée, université, métier, immobilier,
mariage, enfants, retraite, mort. Et bien sûr on feint d'ignorer le risque permanent d'accident qui viendrait gripper une mécanique si bien huilée. Ou plutôt on assure, on réassure et on se
rassure dans la peur ambiante. Ce fantasme est si bien ancré chez certains d'entre nous que nous sommes prêts à vendre, donner, voire payer pour perdre notre liberté en échange d'un fragment du
délire parental.
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