Etrange titre en vérité.
La stimulation intellectuelle est ce qui me maintient en vie. Longtemps je me suis interrogé sur le fait que malgré une conscience aiguë de la mort proche et du cloaque infâme dans lequel je me débats et qu'on appelle : Monde; je ne désire pas mettre fin à mes jours. Est-ce par lâcheté ? J'ai regardé en moi et je ne l'ai pas vu pour cela.

Je n'ai jamais fumé non plus, n'en ressentant aucune forme de curiosité, et cette absence de pulsion de mort est comparable. Je sais que bientôt j'irai vérifier par moi-même toutes les théories humaines sur la question. Je serai comme dans un grand huit, attaché au siège et subissant sans contrôle le parcours, devant décider si je suis consentant ou en résistance, dans le plaisir ou la douleur. Ce manque d'intérêt pour le suicide, je le dois à cette insatiable curiosité que je possède depuis la petite enfance. Passant sans cesse d'un sujet à l'autre, comme un junky en manque de sa dose de stimulant. Je ne sais pas quelle drogue fabrique mon cerveau, mais c'est de la bonne !

Néanmoins, tout n'est pas si simple. Ce besoin de stimulation m'a fait quitter l'école en situation d'échec scolaire, je n'y trouvais pas la satisfaction recherchée.

Cette stimulation souhaitée, presque priée, est une composante importante de ma vie d'artiste. Elle la modèle, la rythme, la détruit et la construit. De longues années ont été nécessaires pour apprivoiser les périodes de creux, et en maîtriser les effets dépressifs en relativisant tout ça, en prenant de la distance par rapport à ce que je crois être. Aprés tout, je ne suis qu'une brindille dans l'Univers et ce que je crée n'est pas du tout important.

La Réalité est résistante à toute forme de volonté qu'on voudrait lui imposer. Le fantasme Humain qui consiste à colporter que celui qui veut peut est une tromperie orchestrée par ceux qui veulent nous vendre quelque chose. La Réalité non seulement résiste, mais aussi réagit tout comme le mur de pierres sur lequel vous venez de vous éclater les phalanges dans un accés de rage. Il n'a pas bougé mais vous a renvoyé une partie de l'énergie que vous lui avez appliqué. Ainsi vous avez appris que votre volonté seule n'a pas suffit à le faire bouger. Vous êtes moins con soudain. Non seulement la Réalité dans laquelle nous nous débattons ne souffre aucune de nos tentatives de la faire plier, mais en plus elle nous impose sa propre temporalité, que ça nous plaise ou non. C'est la partie la plus dure pour  moi. En plein élan de créativité, de stimulation intense - l'état où je me sens le mieux - je trébuche en pleine course, et je mange le sol avec les dents. Bien sûr à force, j'ai appris à mieux gérer les effets de ce besoin qu'à mon organe cérébral de se shooter à une substance finissant certainement par "ine". Mais dire que je suis serein serait mentir. Aujourd'hui, je suis en manque et ça me rend irritable...
Mercredi 2 avril 2008
par le veilleur
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