Ne vous êtes-vous jamais demandé s'il vous  était possible de vous rappeler précisément à quel moment vous passez de l'éveil au sommeil ? Le simple fait d'avoir rechercher le moyen d'identifier cet instant m'a occasionné des nuits blanches étant enfant. Une question obsède l'être humain : comment devient-on ?
Ainsi, nous passons du stade de nourrisson à celui d'enfant puis à celui d'adulte sans vraiment nous en rendre compte. Le changement est si continu, si subtil, que sa lenteur ne permet pas à notre esprit de l'appréhender. Puis tout d'un coup, l'état civil nous déclare responsable. Nous sommes un être fini devant assumer ses actes là où auparavant seule l'inconscience régnait. Tout d'un coup, tout ce qui doit arriver doit être brutal, marqué, consignable, photographiable, une croix sur un agenda car tout d'un coup la volonté s'applique à tous les aspects de la vie. Le : il suffit de vouloir pour pouvoir, régente la vie de l'adulte ainsi que son pendant négatif : si tu n'y arrives pas c'est que tu ne le veux pas. Tout ne serait donc plus que choix et volonté sous-entendu que tout ce qui arrive à l'adulte est le résultat d'une décision, sous-entendu que l'on mérite le succés aussi bien que l'infortune la plus dure. Sous-entendu que l'on mérite tout ce qui nous arrive et qu'au lieu de réclamer justice on ferait mieux de se mettre au boulot. Bienvenue, vous êtes en tyrannie.
Alors se pose cette question : comment devient-on ?
Y-a-t'il une recette, un truc, un secret, une formule magique ? On essaie, on ne trasforme pas, on recommence, on se fait de plus en plus mal. On nous explique que le prédéterminisme n'existe pas, que tout le monde est égal dés la naissance, qu'il suffit de travailler. On va voir des psys pour chercher nos traumatismes profonds qui nous empêchent de passer de chrysalide à papillon, on se met au régime, on fait du sport, on se charcute. Puisque la réalité résiste, voyons si nous pouvons soumettre notre corps et devenir son Dieu pour le faire à notre image mentale qui est un mélange de conditionnement familiale, médiatique et social. Car la réalité résiste à tout. Elle a son temps propre, ses règles particulières souvent changeantes, trés dificiles à appréhender pour le commun des mortels.
La réalité nous façonne, elle nous renvoit tout ce que nous tentons de lui appliquer et nous transforme au bout du compte et c'est dans l'analyse de ce retour que nous apprenons des bribes de ce que nous sommes peut-être... Peut-être pas...
Dimanche 17 février 2008
par le veilleur
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C'est la question que je me pose depuis quelques jours. Outre le fait que je ne sais pas qui je suis fondamentalement, quelle est la part du vrai et celle du fantasme dans ce que je crois être, je me demande aussi qui je suis d'un point de vue administratif. Prenons un nom au hasard, je suis Ernest Bental, j'ai 38 ans, je suis né en Avril de l'année 1969. Mon père m'a donné ce nom, le sien, en me reconnaissant auprés de l'administration Française qui a ainsi établit sur cette seule déclaration un acte de naissance disant qu'un nouvel être humain est né ce jour à telle heure avec tel nom en précisant la filiation. Quand on y pense, dans le monde ultra-sécurisé d'aujourd'hui, établir l'identité d'une personne en la déclarant comme un fait, c'est un peu anachronique, non ?
Le début de notre vie est donc le résultat de la convergence d'un fait : une naissance et une déclaration faîte par un autre être humain. Rien de plus. C'est fragile presque dérisoire et on se demande jusqu'à quel point cela ne peut pas être remis en question d'un simple trait de plume ou plutôt d'une erreur de frappe. Toute mon enfance, la société ne va pas cesser de se rappeler et de me rappeler quel est ce nom déclaré le matin de ma naissance. D'abord, on va dresser un suivi médical de l'être que je suis, c'est le rôle du pédiatre qui va tenir à jour mes vaccins, mes maladies, tout ça relié à ce nom déclaré un matin froid et pluvieux dans une mairie grise et peu accueillante. Puis, la crèche, l'école maternelle, la primaire, le collège, le lycée, la fac...
Tant que je serais mineur, les autres, les grandes personnes, celles en charge de la société vont me rappeler sans cesse que je suis Ernest Bental, tissant une toile dont je suis le centre. Ainsi pour moi et pour le reste du monde, un certain nombre de faits vont attester en permanence que je suis bien cette personne que mon père a déclaré reconnaître comme étant son fils ce matin d'Avril ensoleillé et radieux comme un matin de vacances d'été...
Puis, las de devoir toujours obéir, de voir ma vie faîte par d'autres, las de ma rebellion factice et hormonale contre mes géniteurs, je vais moi-même revendiquer haut et fort mon nom à base de tout ce qu'il est possible de trouver pour prouver que je suis Ernest Bental, homme de 18 ans, majeur et vacciné avec toujours trente deux dents. Permis auto, moto, compte en banque, cartes de paiement, chéquiers, cartes de  transport, carte d'identité biométrique, passeport biométrique, numéro d'assuré social, fiches de paie, numéro de demandeur d'emploi, numéro d'allocataire de ceci, de cela...
Aujourd'hui, j'aimerais beaucoup pouvoir faire marche arrière et moins revendiquer du haut de mon arrogance post pubère que je suis Ernest Bental, avoir moins de numéros, de cartes, avoir laissé moins de traces et surtout avoir moins relié de faits prouvant que je suis celui que l'administration a identifié comme étant Ernest Bental.

A suivre...
Mardi 5 février 2008
par le veilleur
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Il faut se rendre à l'évidence, ma génération a connu un durcissement des conditions d'obtention du logement . L'habitat est la source de beaucoup de fanstasmes liés à la réussite sociale. C'est la possibilité de créer sa famille , c'est l'endroit où l'on vit, où les autres savent que nous vivons , c'est le château fort personnel, l'endroit où les autres ne peuvent entrer qu'une fois invités. Exception faîte pour les huissiers qui sont partout chez eux comme les voleurs ( étonnant non ? ). Il ne faut pas compter sur le gouvernement pour que les choses changent et même si tout d'un coup dans un éclair de lucidité il leur venait à l'esprit de lancer un "grand plan pour la réhabilitation et la construction massive de logements", ça se ferait du point de vue industriel en prenant en compte les seuls éléments qui leur tiennent à coeur : rentabilité et économie des coûts. L'incidence sur l'habitat c'est la construction béton ( la fameuse construction traditionnelle ), la forme pavillonnaire à deux pentes, la barre à logements empilés, le chauffage électrique et l'isolation laine de roche... ah et j'oubliais le crépis beige qui se fend  au premier changement de température. Mais même dans ce cas, tout le monde ne pourrait se loger car on devrait satisfaire à des exigences d'ordre triviales relatives à la "possession" d'un emploi et justifier de la caution de ses parents morts. L'avenir de l'habitat en France comme partout dans le monde "civilisé", c'est le bidonville car il faut bien habiter quelque part, manger quelque part, se reproduire quelque part, dormir quelque part et chier à l'abri des regards. Mais le bidonville à la fois malin, beau, écologique et sain.
Dimanche 3 février 2008
par le veilleur
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Bientôt, demain, tout à l'heure, maintenant, qui sait, je vais passer en backstage, c'est ainsi, rien ne dure. Et d'ailleurs qui s'en plaindrait ? C'est pas une vie la vie. Tout s'use : les sensations s'émoussent, les sentiments et les envies aussi. Tout est remplacé par la frustration et un vide croissant. Je ne déplore pas cet état, c'est logique et ça pousse à accepter de passer l'arme à gauche sans trop de problème. En backstage donc, je vais être pris en charge presque aussitôt par "le régisseur" qui me laissera à peine le temps de souffler et reprendre mes esprits aprés ma "grande scène finale".
"Dépêche-toi, on est à la bourre, il y a eu une défection !" Il me fait le coup à chaque fois.
"Va prendre ton texte, passe voir la maquilleuse, l'habilleuse et l'accessoiriste ! Tu n'as que deux cent années terrestres avant ton entrée en scène !"
Et Whouf!  A peine le temps d'un café et me revoici sur les planches dans la continuité mais dans un personnage différent, un vrai défi pour l'esprit, c'est pour ça qu'on nous efface la mémoire, pour ne pas souffrir de psychose, de dédoublement de la personnalité, de rémanence psychique, bref pour être dans le rôle à cent pour cent. En fait on ne nous efface pas réellement la mémoire, mais plutôt, c'est l'habit qui fait le moine et superpose à notre esprit le nouveau rôle stockant les données compressées des anciens rôles dans une mémoire spéciale théoriquement inutilisable sur scène. Des rumeurs circulent sur certains "acteurs" qui auraient trouvé le moyen de casser les verrous de cette mémoire pour rester en scène plus longtemps. Selon "le metteur en scène", il n'est pas souhaitable de croire que la scène est la "réalité", ça n'est pas son but, ça ne sert à rien. Je suis assez d'accord avec ça ( heu... je dis pas ça parce que le "metteur en scène" l'a dit, hein... ^^ )
Cette fois, je vais m'arrêter et laisser continuer "le régiseur" courir dans les grands couloirs de ce théâtre que je connais comme ma poche. Il va continuer sur dix mètres son micro-casque sur la tête, le conducteur papier sous le bras, un café tiède à la main puis il va s'arrêter et se retourner en souriant : "Qu'est-ce qui se passe ?"
Je sais intuitivement qu'il m'a déja posé des milliers de fois cette question parce que j'ai toujours résisté à cette folie des backstages. Je sais aussi qu'il me connait bien mais, tout en sachant qui il est, je ne le reconnais jamais, et pourtant, naturellement, je me laisse guider comme si tout ça était normal.
Alors, je vais le regarder et lui dire : "Pas cette fois"
"Vraiment, tu es sûr ?" me répondra-t-il.
"Oui, je vais en salle de repos pour un debriefing avec le "metteur en scène" si tu veux bien..."
"Comme tu veux" finira-t-il par dire l'air un peu embêter mais pas tant que ça.

Je n'ai encore jamais mis les pieds dans cette salle, je crois. Ce serait une salle sans mur, entièrement blanche. C'est par là qu'on arrive dans le théâtre la première fois. On nous y expose le rôle et on y recueille nos caractéristiques. Ce n'est pas une salle de type ambiance clinique, non, il y fait chaud, on y est bien, comme dans une matrice féminine. Le "metteur en scène" nous explique tout, non pas qu'on puisse refuser le rôle, pas la première fois en tous cas, mais comme un ami, il dédramatise. Devenir une personne est une chose qui peut être traumatisante pour le néant. Et néant c'est ce que je suis, là d'où je viens, là où je retourne. L'oubli, la disparition du rôle tel que je l'ai incarné qui pourra être repris par un autre avec une autre personnalité pour un cycle millénaire dans une suite d'intrigues complexes. Non plus cette fois, finito, retour au rien, retour à la non-vie, à la non-finition, au non-temps, au non-espace, à la non-conscience, à l'impossibilité de l'exprimer avec des mots issus d'un cerveau aux concepts limités et au vocabulaire inexistant. C'est par où la sortie des artistes ?
Vendredi 1 février 2008
par le veilleur
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